Hijra & troisièmes genres d'Asie du Sud et du Sud-Est

Fait partie de: Troisième genre

Hijra désigne une communauté de genre reconnue dans toute l'Asie du Sud, principalement en Inde, au Pakistan, au Bangladesh et au Népal, composée en majorité de personnes assignées homme à la naissance qui vivent des rôles de genre féminins au sein d'un système social et rituel distinct.

Définition

Hijra n'est pas le mot sud-asiatique pour transgenre. Il nomme autant une communauté, une structure de parenté et un métier transmis qu'un genre.

Être hijra, c'est appartenir à quelque chose. C'est précisément ce que la plupart des résumés occidentaux laissent de côté.

Les communautés hijra s'organisent autour de la relation guru-chela : une guru, la figure aînée, prend des chelas, des disciples, qui entrent dans sa maisonnée. Celle-ci contrôle un territoire sur lequel elle détient le droit de se produire et fonctionne à la fois comme unité économique, comme famille et comme structure d'autorité. Serena Nanda, dont le travail de terrain a produit l'ethnographie de référence sur la communauté, décrivait le lien guru-chela comme la relation la plus déterminante de la vie hijra. Celles qui rejoignent la communauté ont souvent été chassées de leur famille d'origine ou l'ont fuie. La maison remplace ce qui a été perdu.

Le métier traditionnel est le badhai : se produire lors des naissances et des mariages, chanter, danser et conférer des bénédictions, contre paiement. La bénédiction a du poids parce que les hijras sont largement reconnues comme détenant le pouvoir de bénir la fécondité autant que de la maudire. Beaucoup de hijras sont dévotes de Bahuchara Mata, déesse associée au Gujarat à la transformation du genre, et la pratique religieuse n'est pas accessoire : c'est en partie elle qui rend le rôle lisible.

Une minorité subit le nirvan, ablation rituelle du pénis et des testicules pratiquée au sein de la communauté. Elle est facultative, elle n'a jamais été générale, et la fascination occidentale qu'elle suscite est sans commune mesure avec la place qu'elle occupe dans la vie hijra.

Les communautés hijra sont aussi mixtes sur le plan religieux. Beaucoup de hijras sont musulmanes, beaucoup sont hindoues, et le vocabulaire rituel de la communauté puise dans les deux traditions, ce qui est l'une des raisons pour lesquelles le récit de la « tradition hindoue millénaire » ne résiste pas à l'examen des sources.

Une mise au point importante

Hijra désigne une communauté précise, avec ses conditions d'entrée, ses obligations et sa hiérarchie interne. Ce n'est pas une étiquette identitaire disponible pour les personnes extérieures à l'Asie du Sud, et ce n'est pas un synonyme de transgenre, de non-binaire ou de troisième genre. Beaucoup de personnes trans sud-asiatiques ne sont pas hijras et ne souhaitent pas l'être. Certaines hijras emploient transgenre en plus de hijra, d'autres le rejettent. Suivez l'usage de la personne concernée.

Deux termes à éviter : « eunuque », qui est la catégorie administrative coloniale et en porte l'histoire, et l'ancien usage anglais de « hijra » comme nom collectif. Des communautés voisines mais distinctes existent dans toute la région, notamment kothi, aravani, kinner, thirunangai et jogappa, et elles ne sont pas interchangeables.

Histoire

Quelle est l'ancienneté de la tradition ?

Plus ancienne que la colonisation, et pas vieille de 3 000 ans. Nous avons écrit 3 000 sur cette page pendant un temps et nous avions tort.

Les sanskritistes datent généralement le noyau du Ramayana de Valmiki entre le VIIe et le IVe siècle avant notre ère, soit environ 2 400 à 2 700 ans. L'épisode dans lequel Rama bénit des personnes qui ne sont ni hommes ni femmes, souvent cité comme preuve d'une reconnaissance ancienne, ne fait pas partie de l'édition critique du texte sanskrit. Il circule dans des récits plus tardifs et dans la tradition orale hijra. Cela ne le rend pas sans valeur : cela en fait une tradition vivante plutôt qu'un document daté, et des communautés hijra racontant leur propre récit d'origine constituent un type de source différent d'un manuscrit, pas un type inférieur.

Ce qui est solidement documenté, c'est la période moghole, où des eunuques et des personnes de genre variant occupaient des positions reconnues à la cour et dans l'administration des maisonnées, puis la période coloniale, où tout cela a changé du tout au tout.

Qu'a fait la domination britannique ?

Elle les a criminalisées. La partie II du Criminal Tribes Act 1871 visait nommément les « eunuchs » : enregistrement obligatoire, interdiction de se produire en public, de porter des vêtements de femme et d'adopter des enfants, et pouvoir donné aux fonctionnaires coloniaux de retirer les enfants des maisonnées hijra. Les travaux d'archives de Jessica Hinchy montrent qu'il ne s'agissait pas d'une pudibonderie victorienne accessoire, mais d'un projet soutenu visant à faire disparaître la communauté en une génération.

Cela n'a pas marché, mais la stigmatisation est restée. L'Inde a abrogé la loi en 1952. Les dispositions visant les hijras avaient déjà remodelé la manière dont elles étaient contrôlées, logées et employées, et une bonne part de cela a survécu à l'indépendance.

La reconnaissance juridique, et ses limites

Le statut juridique varie selon les pays et évolue vite.

  • Népal, 2007. La Cour suprême a ordonné, dans Sunil Babu Pant v. Nepal Government, la reconnaissance d'une catégorie de troisième genre et l'abrogation des lois discriminatoires, avant le reste de la région.
  • Inde, 15 avril 2014. Dans National Legal Services Authority v. Union of India, les juges K. S. Radhakrishnan et A. K. Sikri ont reconnu les personnes transgenres comme un troisième genre, jugé que l'identité de genre relève de l'autodétermination et non de la chirurgie, et ordonné que les personnes transgenres soient traitées comme socialement et scolairement défavorisées au titre des quotas. C'est l'arrêt que ce guide désignait auparavant par la seule mention « 2014 ». Il a un nom et il vaut la peine de le connaître.
  • Bangladesh, 2013, et Pakistan, par une série d'ordonnances de la Cour suprême à partir de 2009 et par le Transgender Persons (Protection of Rights) Act 2018, lui-même contesté par la suite.

La loi indienne Transgender Persons (Protection of Rights) Act 2019, en vigueur depuis janvier 2020, s'est heurtée à l'opposition d'une grande partie de la communauté qu'elle prétendait protéger. Les objections : elle impose de demander un certificat à un District Magistrate, ce qui réintroduit le filtrage administratif que NALSA avait supprimé ; changer la mention pour homme ou femme exige une preuve de chirurgie ; les peines pour les infractions commises contre des personnes transgenres vont de six mois à deux ans, bien en deçà des peines équivalentes lorsque la victime est une femme cisgenre ; et les quotas ordonnés par NALSA ont été laissés de côté. Human Rights Watch, la Commission internationale de juristes et des militantes dont Laxmi Narayan Tripathi, requérante dans l'affaire NALSA, ont toutes formulé des objections.

C'est le domaine juridique qui évolue le plus vite de tout ce guide, et des amendements et des recours sont en cours. Ne vous fiez pas à cette page pour l'état actuel du droit : consultez une source primaire ou une organisation locale comme Orinam, qui tient à jour une rubrique de ressources sur l'évolution du droit indien.

Voir aussi

Sources & pour aller plus loin

Dernière mise à jour:

Maintenu par GenderGender. Comment nous écrivons ce guide