Pronoms : iel, il, elle et accords neutres

Les pronoms sont les mots par lesquels on désigne une personne sans répéter son prénom. En français, ce sont il, elle, et depuis quelques années iel, entré dans Le Robert en ligne en novembre 2021. Ils font partie de l'identité d'une personne au même titre que son prénom : on ne les devine pas, on les demande.

Ce ne sont pas des préférences. Employer les pronoms de quelqu'un, c'est simplement s'adresser à cette personne telle qu'elle est. Cette page présente d'abord les formes françaises, puis la question que le français pose et que l'anglais ne pose pas : celle des accords.

Les pronoms en français

Sujet Complément Exemple
il le, lui Il a partagé son point de vue. Je lui ai demandé de venir.
elle la, lui, elle Elle a partagé son point de vue. Je lui ai demandé de venir.
iel iel, ellui, lui Iel a partagé son point de vue. Je lui ai demandé de venir.
pas de pronoms le prénom Sacha a partagé son point de vue. J'ai demandé à Sacha de venir.

Deux choses utiles à savoir :

  • Les possessifs ne genrent pas la personne. Son, sa et ses s'accordent avec l'objet possédé, pas avec la personne qui possède. Son point de vue convient donc à tout le monde, sans adaptation. C'est ce qui rend la solution du prénom seul beaucoup plus légère en français qu'en anglais.
  • Au pluriel, iels fonctionne comme ils et elles, et sert aussi de forme mixte pour un groupe.

Formes minoritaires

D'autres pronoms circulent, portés par des personnes précises plutôt que par un usage large : ael, ol, ille, ul. Vous les rencontrerez surtout en ligne et dans les milieux militants. Ils sont nettement moins répandus que iel, et leurs compléments varient d'une personne à l'autre.

La règle pratique est simple : si quelqu'un vous annonce l'un de ces pronoms, notez-le et demandez la forme complément dans la foulée. Personne ne s'attend à ce que vous connaissiez d'avance un système utilisé par quelques centaines de personnes.

Les accords

C'est là que le français demande un effort que l'anglais ne demande pas. Dire iel ne suffit pas : la phrase suivante contient souvent un adjectif ou un participe passé qui, lui, porte une marque de genre. Iel est content ou iel est contente ? Quatre stratégies coexistent, et aucune ne fait consensus.

1. Réécrire de façon épicène

La solution la plus lisible, et la première à essayer : choisir des tournures qui ne portent aucune marque. Iel est d'accord. Iel a le trac. Cette personne fait preuve d'humour. Iel occupe ce poste depuis deux ans. Aucun signe typographique, aucune ambiguïté, aucun problème de lecture à voix haute.

2. Le point médian

Iel est content·e. Iel est arrivé·e en retard. Clair à l'écrit, pratique pour les étiquettes courtes et les formulaires. Moins pratique dès qu'il y en a trois par phrase, et franchement pénible pour qui lit avec une synthèse vocale. À réserver aux cas où la réécriture épicène ne fonctionne pas.

3. L'alternance

Alterner masculin et féminin d'une phrase ou d'un paragraphe à l'autre. Certaines personnes non binaires le demandent explicitement, précisément parce que le résultat ne se range dans aucune des deux cases. Se vérifie auprès de la personne concernée, ne s'applique pas par défaut.

4. Les terminaisons néologiques

Contentae, heureuxe, professionnel·le devenu professionnelle au sens neutre : plusieurs propositions circulent, portées notamment par des travaux communautaires de grammaire neutre. Usage restreint, courbe d'apprentissage réelle, mais parfaitement valable pour qui les demande.

À dire honnêtement : aucun système d'accord neutre ne s'est imposé en français. Ni l'Académie, ni l'usage, ni les milieux concernés ne sont d'accord entre eux, et une page web ne tranchera pas la question. Ce qui tranche, c'est la personne devant vous. Demandez quels accords elle emploie, notez la réponse, appliquez-la. C'est tout ce qu'on attend de vous.

Demander, se présenter, se corriger

Comment demander

Brièvement, et en donnant les vôtres d'abord, pour que la question ne ressemble pas à un examen.

  • « Bonjour, je m'appelle Camille, j'utilise elle. Et vous ? »
  • « Comment dois-je vous désigner ? »
  • En groupe : « Donnez votre prénom, et vos pronoms si vous le souhaitez. » Le si vous le souhaitez fait tout le travail : personne n'est contraint de se dévoiler.

On dit pronoms utilisés, et non pronoms préférés. La seconde formule laisse entendre qu'il s'agit d'un goût personnel dont on pourrait ne pas tenir compte. Ce n'est pas le cas.

Ce qu'il ne faut pas demander : les « vrais » pronoms de quelqu'un, son prénom d'avant, ou son sexe assigné à la naissance pour en déduire le reste. Ces informations ne vous appartiennent pas.

Comment annoncer les vôtres

Sans explication : dans votre signature de courriel, sur votre badge, dans votre profil. « Camille (elle) », « Alex (iel) », « Sacha (pas de pronoms, juste Sacha) ».

Si vous êtes une personne cisgenre, annoncer vos pronoms ne vous coûte rien et enlève la charge à celles et ceux pour qui la question est lourde. Cela transforme un geste isolé, qui expose les personnes trans et non binaires, en habitude partagée par tout le monde.

Quand vous vous trompez

Tout le monde se trompe. Seule compte la suite.

Corrigez-vous en une demi-seconde et poursuivez. « Elle, pardon, iel a envoyé le dossier hier. » Fin. Pas d'excuses appuyées, pas d'explication sur la difficulté de l'exercice, pas de demande de réconfort : sinon votre gêne devient le sujet et c'est la personne concernée qui doit vous rassurer.

Si vous vous en apercevez plus tard, un message court suffit : « Je me suis trompé de pronoms tout à l'heure, désolé, j'y fais attention. » Et si quelqu'un vous reprend, ce n'est pas une attaque, c'est une correction. « Merci » constitue une réponse complète.

Si l'erreur revient, entraînez-vous en dehors de la conversation : racontez-vous une histoire courte à propos de cette personne avec les bons pronoms et les bons accords. C'est une habitude, et une habitude se change par la répétition, pas par la bonne volonté.

Pronoms anglais

Vous rencontrerez ces formes en ligne, dans les espaces internationaux et dans les médias anglophones. Elles ne se traduisent généralement pas : les personnes qui les emploient gardent la forme anglaise, y compris dans une phrase française. Elles figurent ici pour que vous les reconnaissiez et que vous puissiez les reprendre correctement. Les exemples restent en anglais, puisque c'est là que ces formes fonctionnent.

Série Exemple Remarque
they / them / their They shared their perspective. I asked them to come along. De loin la plus répandue. En anglais, l'emploi au singulier remonte à plusieurs siècles.
ze / zir / zir Ze shared zir perspective. I asked zir to come along. Aussi écrit hir. Prononcé à peu près « zi » et « zeur ».
xe / xem / xyr Xe shared xyr perspective. I asked xem to come along. Prononcé « zi », « zem », « zeur ».
ey / em / eir Ey shared eir perspective. I asked em to come along. Série dite Spivak, formée en retirant le th- de they.
fae / faer / faer Fae shared faer perspective. I asked faer to come along. Prononcé « fé » et « fèr ».

Si une personne emploie une série anglaise dans un contexte francophone, deux usages coexistent : garder la forme anglaise telle quelle, ou passer au prénom. Demandez-lui ce qu'elle préfère entendre. Il n'existe pas de règle établie, et la personne concernée y a déjà réfléchi.

À lire ensuite

Sources

  • Genres Pluriels (Bruxelles), ressources sur les identités trans et non binaires
  • Rainbowhouse Brussels et Fédération Prisme, associations LGBTQIA+ en Belgique francophone
  • Unia, recommandations sur l'écriture inclusive et la lisibilité
  • Fédération Wallonie-Bruxelles, décret du 14 octobre 2021 relatif à la féminisation et à l'inclusion dans les documents officiels
  • Le Robert en ligne, entrée « iel » (novembre 2021)
  • OUTrans et Wikitrans (France), ressources communautaires sur les pronoms et les accords
  • Divergenres (Québec), travaux de grammaire neutre