Le sexe renvoie à un ensemble de caractéristiques biologiques : chromosomes, hormones, gonades et anatomie. Le genre renvoie aux rôles et aux attentes socialement construits qui s'attachent à ces catégories, ainsi qu'au sentiment intime qu'une personne a d'elle-même. Les deux coïncident le plus souvent. Quand ce n'est pas le cas, il faut les deux mots pour décrire ce qui se passe.
Quelle est la différence entre le sexe et le genre ?
L'Organisation mondiale de la santé trace la limite ainsi. Le sexe est « un ensemble de caractéristiques biologiques chez les humains et les animaux », dont « les chromosomes, l'expression des gènes, le niveau et la fonction des hormones, ainsi que l'anatomie reproductive et sexuelle ». Le genre renvoie aux « caractéristiques socialement construites des femmes et des hommes, telles que les normes, les rôles et les relations », et l'OMS ajoute que celles-ci « varient d'une société à l'autre et évoluent dans le temps ».
L'identité de genre est encore autre chose, et l'OMS la définit séparément : « l'expérience intime, individuelle et profondément ressentie du genre, qui peut ou non correspondre à la physiologie de la personne ou au sexe qui lui a été assigné à la naissance ».
La conséquence pratique est que « masculin » et « féminin » répondent à une question sur les corps, tandis qu'« homme » et « femme » répondent à une question sur les personnes. La plupart du temps personne ne remarque la différence, parce que les réponses concordent. La distinction devient porteuse quand ce n'est pas le cas.
Sexe ou genre : côte à côte
| Sexe | Genre | |
|---|---|---|
| Ce à quoi cela renvoie | Des caractéristiques biologiques : chromosomes, hormones, gonades, anatomie | Des rôles, des normes et des attentes sociales, ainsi que le sentiment intime qu'a une personne d'elle-même |
| Termes courants | Masculin, féminin, intersexe | Homme, femme, non binaire, et de nombreuses catégories propres à des cultures |
| Qui le détermine | Assigné à la naissance, généralement d'après l'anatomie externe | Connu de la personne elle-même ; exprimé et lu socialement |
| Cela varie-t-il selon les cultures ? | La biologie non ; la façon de la catégoriser et de l'enregistrer, oui | Oui, considérablement. Les catégories, les rôles et le nombre de genres reconnus diffèrent selon les sociétés |
| Cela peut-il changer ? | Certaines caractéristiques peuvent être modifiées médicalement ; les chromosomes non | L'identité de genre est en général stable, même si certaines personnes sont fluides ; les attentes sociales liées au genre changent en permanence |
| Abréviation associée | AFAB, AMAB, AISAB (assigné·e femme / homme / intersexe à la naissance) | Cis, trans, non binaire |
| Cela dit-il quelque chose de l'attirance ? | Non | Non. L'orientation sexuelle est encore un troisième axe. |
Le sexe est-il binaire ?
Pas nettement, et la raison en est les personnes intersexes : des personnes nées avec des variations des caractéristiques sexuelles qui ne correspondent pas aux définitions standard du masculin ou du féminin. Voir notre page Intersexe.
Combien de personnes cela représente dépend entièrement de ce que l'on compte, et c'est de là que vient une bonne part des disputes en ligne. Deux chiffres publiés sont cités :
- Environ 1,7 %, d'après Blackless et ses collègues (2000), dans l'American Journal of Human Biology. Ce chiffre repose sur une définition large et compte tout écart par rapport à un masculin ou un féminin idéalisés, y compris l'hyperplasie congénitale des surrénales à révélation tardive et les variations des chromosomes sexuels sans ambiguïté génitale à la naissance.
- Environ 0,018 %, d'après Sax (2002), dans The Journal of Sex Research, en réponse directe à cet article. Sax retient une définition clinique plus étroite et ne compte que les situations « dans lesquelles le sexe chromosomique est incohérent avec le sexe phénotypique, ou dans lesquelles le phénotype n'est classable ni comme masculin ni comme féminin », et exclut les catégories ci-dessus.
Les deux chiffres sont réels. Ils répondent à des questions différentes, et aucun des deux n'est le chiffre. Ce qui compte pour cette page, c'est ce sur quoi les deux auteurs s'accordent : il naît des personnes dont le corps ne se range pas proprement dans deux cases, et aucune querelle de définition ne les fait disparaître. Les organisations intersexes, dont OII Europe, soutiennent en général que la question la plus urgente n'est pas le décompte mais la persistance des opérations non consenties sur les nourrissons intersexes.
Pourquoi cette distinction compte-t-elle en pratique ?
Surtout parce que les formulaires, les lois et les services de santé confondent les deux, et que des personnes passent à travers les mailles.
- Santé. Un homme trans peut avoir besoin d'un frottis du col de l'utérus. Une femme trans peut avoir besoin d'un suivi de la prostate. Les systèmes qui n'enregistrent qu'un seul champ se trompent.
- Documents. La Belgique autorise depuis la loi transgenre de 2017 le changement de la mention du sexe sans condition médicale, et la Cour constitutionnelle a jugé en 2019 que l'absence d'option au-delà de M et F était discriminatoire. Le législateur n'a toujours pas comblé cette lacune.
- Recherche. Les études qui enregistrent « le sexe » en pensant « le genre », ou l'inverse, produisent des données que personne ne peut interpréter.
- Langage courant. La plupart des gens disent « sexe » là où ils pensent « genre », et rien de grave ne se produit. La distinction est un outil pour les moments où il faut être précis, pas une règle de conversation.
Quel mot employer ?
Celui qui correspond à ce que vous voulez vraiment dire. Si vous parlez de corps, de biologie, de médecine ou d'anatomie, sexe est le mot juste. Si vous parlez de qui est une personne, de la façon dont elle vit ou dont on s'adresse à elle, genre est le mot juste. En cas de doute, genre est plus souvent correct dans la conversation ordinaire, parce que la plupart du temps vous parlez de personnes et non de gonades.
Lorsqu'il s'agit d'une personne en particulier, le réflexe sûr est d'employer les mots qu'elle emploie pour elle-même. Personne n'est offensé d'être décrit comme il ou iel se décrit.
Questions fréquentes
Le genre n'est-il qu'une construction sociale ?
Les rôles sociaux attachés au genre sont construits, et ils varient clairement d'une société à l'autre et changent avec le temps. L'identité de genre, c'est-à-dire le sentiment intime qu'une personne a de son propre genre, n'est pas quelque chose qu'elle a choisi ni qu'une société lui a remis, et l'OMS la décrit comme innée. Les deux affirmations peuvent être vraies en même temps.
Le sexe est-il assigné ou constaté ?
Les deux mots se défendent. « Constaté » décrit ce que fait la personne qui examine. « Assigné » décrit ce que fait le registre, et c'est le terme standard parce que le constat est transformé en catégorie juridique aux conséquences durables. Les abréviations AFAB et AMAB, comme SAN pour sexe assigné à la naissance, viennent de cet usage.
Cela veut-il dire que la biologie n'existe pas ?
Non. Les chromosomes, les hormones et l'anatomie sont réels et ils comptent, en médecine en particulier. L'affirmation de cette page est plus étroite : le sexe biologique et le genre social sont deux choses différentes qui coïncident le plus souvent, et les traiter comme un seul mot produit des erreurs.
Et l'expression de genre ?
C'est une quatrième chose : la façon dont une personne se présente, par les vêtements, la voix, les cheveux et les manières. Ce n'est pas un guide fiable de l'identité de genre, et pas du tout un guide de l'orientation sexuelle. Voir Distinctions clés.
Voir aussi
- Distinctions clés : sexe, genre, expression, orientation, et le reste du vocabulaire
- Intersexe
- Transgenre
- Cisgenre
- Cadres scientifiques
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